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La régulation émotionnelle : mieux comprendre ses réactions pour apaiser ses relations

  • Photo du rédacteur: Meagan Daley
    Meagan Daley
  • 25 févr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 mars

Par la Dre Meagan Daley, PhD | Psychologue agréée, Ontario et Québec


Il arrive à presque tout le monde, (et je ne m'exclue pas!) à un moment ou à un autre, de réagir plus vivement qu’on ne l’aurait souhaité. Une remarque qui part trop vite. Une nuit passée à ressasser une conversation. Une montée d’irritabilité qui semble disproportionnée par rapport à la situation.


Lorsque ces expériences se répètent, plusieurs adultes commencent à se poser la question : Qu’est-ce qui se passe avec mes émotions?


Notre répertoire riche et varié d'émotions
Notre répertoire riche et varié d'émotions

Très souvent, la réponse se trouve du côté de la régulation émotionnelle: une compétence psychologique centrale, mais rarement enseignée de façon explicite.

Dans ma pratique comme psychologue, je constate à quel point cette capacité influence le bien-être, la qualité du sommeil et, surtout, la santé des relations. La bonne nouvelle est qu’elle peut se développer et s'améliorer à tout âge.


Qu’est-ce que la régulation émotionnelle, concrètement?

La régulation émotionnelle correspond à la capacité de reconnaître ce que l’on ressent, d’en comprendre le sens et d’y répondre de manière souple et adaptée à la situation.

Contrairement à un mythe tenace, bien réguler ses émotions ne signifie pas rester calme en tout temps ni éviter les émotions difficiles. Au contraire, une régulation saine permet de ressentir pleinement la colère, la tristesse, l'anxiété, etc., sans se sentir submergé(e) ni agir de façon impulsive.


Le psychologue James Gross, chercheur reconnu à l’Université Stanford et pionnier dans l’étude de la régulation émotionnelle, la décrit comme l’ensemble des processus par lesquels nous influençons les émotions que nous avons, le moment où elles surviennent et la manière dont nous les exprimons (Gross, 1998; Gross, 2015).




Autrement dit, il ne s’agit pas d’éliminer la vague émotionnelle, mais d’apprendre à la surfer.








Quand la régulation devient plus fragile

La plupart des adultes qui consultent ne se décrivent pas comme « émotifs » ou « hors de contrôle ». Bien souvent, ils fonctionnent très bien dans plusieurs sphères de leur vie. Les difficultés apparaissent plutôt dans des moments précis : sous stress, en fin de journée, dans l’intimité du couple ou lorsque la fatigue s’accumule.


Certaines personnes remarquent qu’une fois activées émotionnellement, il leur faut beaucoup de temps pour redescendre. D’autres vivent surtout de la rumination mentale - ce dialogue intérieur qui tourne en boucle, particulièrement le soir. À l’inverse, certaines personnes se sentent plutôt engourdies, coupées de leurs émotions, comme si leur système s’était mis en mode économie d’énergie.


Du point de vue clinique, ces réactions sont rarement le signe d’un manque de volonté. Elles reflètent beaucoup plus souvent un système nerveux qui fonctionne en mode protection depuis trop longtemps.


Un exemple très fréquent en couple

Prenons une situation que j’observe souvent en thérapie de couple:


Marie rentre du travail épuisée. En voyant la cuisine encore en désordre, elle lance :« Tu aurais pu au moins partir le lave-vaisselle… »


Son partenaire, Julien, se sent immédiatement critiqué. Son ton se durcit :« Voyons, je viens juste de m’asseoir! Tu n’es jamais satisfaite. »


En quelques secondes, la discussion s’escalade. Marie se sent incomprise. Julien se sent attaqué. La soirée devient tendue.


Ce qui est frappant ici, c’est que le problème principal n’est pas le lave-vaisselle. C’est l’activation rapide du système nerveux chez les deux partenaires.


Les recherches du Dr John Gottman, célèbre pour ses travaux sur la stabilité des couples à l’Université de Washington, montrent que ce type de débordement physiologique (ce qu’il appelle flooding) réduit fortement la capacité d’écoute et de résolution de problème dans le couple (Gottman & Levenson, 2000).


Autrement dit, lorsque l’intensité émotionnelle dépasse un certain seuil, le cerveau relationnel se met temporairement hors ligne.



Pourquoi est-ce si courant aujourd’hui?

Plusieurs facteurs se combinent.


D’abord, beaucoup d’adultes n’ont jamais appris explicitement comment apaiser leur système nerveux. Dans plusieurs familles, les émotions étaient soit minimisées, soit rapidement calmées sans réelle exploration. On nous a souvent appris à « passer à autre chose », mais rarement comment traverser l’émotion de façon régulée.

Ensuite, le rythme de vie moderne maintient le corps dans un état d’activation quasi constant. Le manque de sommeil, la surcharge cognitive et les exigences professionnelles réduisent la fenêtre de tolérance émotionnelle, un concept bien décrit par le psychiatre Dan Siegel dans ses travaux sur la neurobiologie interpersonnelle.



Trop c'est comme pas assez!  Au secours!
Trop c'est comme pas assez! Au secours!

Enfin, pour certaines personnes, un historique d’anxiété, de stress chronique ou de trauma a rendu le système nerveux plus sensible. Il ne s’agit pas d’un défaut, mais d’une adaptation protectrice qui a parfois persisté au-delà de sa période d’utilité.


Une perspective inspirante

La psychologie contemporaine rejoint ici une sagesse beaucoup plus ancienne. Une citation souvent attribuée au Bouddha illustre bien l’esprit de la régulation émotionnelle :

« Vous ne serez pas puni pour votre colère, vous serez puni par votre colère. »

Cette phrase ne suggère pas de supprimer la colère, mais plutôt de reconnaître que notre relation à l’émotion, et non l’émotion elle-même, détermine souvent notre souffrance.


Comment la thérapie aide concrètement

La bonne nouvelle, solidement appuyée par la recherche, est que la régulation émotionnelle se développe.



En psychothérapie fondée sur les données probantes, notamment la TCC, l’ACT et les approches basées sur la pleine conscience, le travail commence généralement par affiner la conscience des signaux internes. Plusieurs clients découvrent qu’il existe un moment très précoce où le corps commence à s’activer, bien avant l’explosion émotionnelle.


La thérapie vise ensuite à élargir ce que les chercheurs appellent la fenêtre de tolérance, permettant de rester présent(e) même lorsque l’émotion monte.


Des stratégies comme la respiration régulatrice, l’ancrage attentionnel et l’auto-apaisement ont démontré leur efficacité pour réduire la réactivité physiologique. Par exemple, les travaux de Jon Kabat-Zinn sur la réduction du stress basée sur la pleine conscience (MBSR) ont montré des effets significatifs sur la régulation émotionnelle et la réactivité au stress (Kabat-Zinn, 1990; Khoury et al., 2015).




Un autre volet important consiste à modifier la relation aux pensées. La rumination, fortement associée à l’anxiété et à la dépression selon les travaux de Susan Nolen-Hoeksema, entretient l’activation émotionnelle. Apprendre à prendre du recul face aux pensées réduit souvent de façon marquée la charge émotionnelle.





En thérapie de couple, le développement de ces habiletés transforme fréquemment la qualité des échanges. Lorsque les partenaires apprennent à ralentir, à nommer leur état interne et à faire des pauses régulatrices, les conflits deviennent généralement moins explosifs et plus réparables.


Quand envisager une consultation

Il peut être pertinent de consulter si vous remarquez que vos réactions émotionnelles vous dépassent parfois, que votre mental a du mal à s’apaiser le soir, ou que certains conflits relationnels reviennent malgré vos efforts sincères. Un sentiment persistant d’irritabilité, de fatigue émotionnelle ou de surcharge interne peut aussi indiquer que votre système nerveux travaille très fort.


Consulter ne signifie pas qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez vous. Bien souvent, cela reflète plutôt un désir légitime de développer des compétences essentielles au bien-être.


Pour aller plus loin : lectures recommandées



Livres

  • Gross, J. J. (2015). Handbook of Emotion Regulation - référence scientifique majeure sur le sujet.

  • Siegel, D. J. (2012). The Developing Mind  - accessible et riche sur la neurobiologie des émotions.

  • Neff, K. (2011). Self-Compassion - excellent pour comprendre l’auto-apaisement émotionnel.

Articles fiables en ligne

  • Harvard Health Publishing - « Mindfulness meditation may ease anxiety »

  • Psychology Today - articles de Susan David sur l’agilité émotionnelle

  • Greater Good Magazine (UC Berkeley) - ressources sur la régulation émotionnelle et la pleine conscience


Une invitation chaleureuse

Si vous vous reconnaissez dans ces descriptions, sachez qu’un accompagnement est possible. Entreprendre une thérapie avec moi vise à vous offrir un espace structuré et bienveillant pour mieux comprendre vos réactions et développer des outils concrets adaptés à votre réalité.


Comme psychologue offrant des consultations en ligne aux adultes de l’Ontario, j’accompagne régulièrement des personnes et des couples qui souhaitent retrouver plus de calme intérieur, de clarté mentale et de fluidité relationnelle.


Si vous êtes curieux(se) de savoir si cette démarche pourrait vous aider, je vous invite chaleureusement à me contacter pour une première consultation.


De petits ajustements peuvent parfois transformer profondément le quotidien.

 
 
 

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